Le CIL des Etats-Unis commémorait aujourd'hui l'anniversaire du bombardement du 26 mai
1944.
Un épisode particulièrement marquant dans l'histoire de notre arrondissement. qui a laissé
des souvenirs douloureux dans nos quartiers. J'ai eu la chance de rencontrer il y a quelques jours un témoin direct de ces évènements dans le quartier du Grand Trou et dont la maison a été
détruite (pour ceux qui connaissent, il s'agit de l'immeuble jouxtant le bazar - bureaux de tabac de la route de Vienne) et qui m'a montré les photos des destructions que le bombardement a
engendré dans le quartier.
Le bombardement du 26 mai 1944 entrait dans le cadre du Transportation Plan, plan d'attaque des voies de communication, destiné à préparer le débarquement de Normandie. Il s'agissait alors de détruire les infrastructures des chemins de fer, notamment les gares de triages, afin de couper les voies de communications et empêcher les allemands d'acheminer des troupes et du matériel vers l'ouest de la France.
Entre 6 et 7 heures du matin, environ 900 avions américains de
la 15th USAAF partirent de trois aérodromes de la région de Foggia, dans le sud de l'Italie. Les bombardements eurent lieu entre 10 et 11 heures du matin, par un ciel clair. Les objectifs
militaires furent fortement touchés, mais l'imprécision du bombardement à haute altitude fit de nombreuses victimes civiles. Les avions rentrèrent à leur base, avec très peu de pertes, entre 14
et 15 heures.
Les bombardement touchèrent Chambéry (164 tonnes de bombes lâchées, soit 720 bombes, la gare de triage et 45 locomotives ont été détruites et de nombreux immeubles civils du centre ville détruits faisant 200 morts, 300 blessés et 3 000 sans-abri), Grenoble, Lyon et Nice (284 morts, 100 disparus, 480 blessés et 600 immeubles détruits ou endommagés), et Saint Etienne (450 tonnes de bombes lâchées, gare de triage a été détruite et 1000 morts parmi lesquels tous les élèves de l'école primaire de Tardy).
Le bombardement frappait Lyon avec une violence particulière. En effet, 3 groupes du 47th Bom Wingvisaient la gare de Lyon-Vaise et 3 groupes du 49th Bomb Wing visaient la gare de Lyon-Mouche, provoquant la destruction de ces bâtiments, ainsi que l'école de santé militaire ou siégeait la Gestapo et tuant près de 1000 personnes.
Georges Gilonne, dans "Lyon de Guerre", aborde de
façon très détaillée cette terrible journée:
"Le centre de renseignements signalait ce 26 mai que 7 à 800 appareils venant d’Italie et volant à 5-6000 mètres d’altitude passaient la frontière entre Digne et Alberville à partir de 9h31
en direction Nord-Ouest. Cette formation se divisait en 3 groupes : le 1er groupe se dirigeait sur Grenoble et Chambéry ; le 2e groupe se dirigeait sur Saint-Etienne ; le 3e groupe, comprenant
environ 400 appareils, arrivait sur Lyon où il évolua pendant 20 à 30 minutes avant d’opérer.
Le bombardement qui devait commencer à 10h43 se continua par vagues successives de 25 à 30 appareils jusqu’à 11h05 environ.
Le bombardement terminé, tous les appareils prenaient la direction du Sud à partir de
11h18.
L’alerte donnée à 9h48 se prolongea jusqu’à 11h18, heure à laquelle retentit le signal de fin d’alerte.
Un déluge de fer et de feu – Les services compétents estiment à 1500 environ le nombre de bombes incendiaires et explosives […] qui furent lancées sur Lyon ce jour-là.
Ce bombardement comportait 2 secteurs distincts :
1° Un certain nombre d’appareils commençait d’opérer au Sud de Lyon : Vénissieux, Moulin-à-Vent, et continuait en direction du Sud-Ouest, pour s’arrêter à Perrache.
2° Les autres appareils opéraient à l’Ouest de Lyon : Vaise et communes limitrophes.
La superficie du terrain bombardé dans le 1er secteur qui comprenait une partie de Vénissieux Nord-Ouest, les 2e et 7e arrondissements, était de l’ordre de 7 km2. Celle du 2e secteur comprenant
le 5e arrondissement et le versant Ouest du 4e, représentait 2 km2.
[…]
Principaux points atteints. Gares
1er SECTEUR : Montagny. Triage. Lyon-Guillotière. Voies endommagées. Poste de lavage détruit, pont reliant Lyon-Guillotière à Perrache. La gare de Perrache n’était pas touchée, les bombes étant tombées sur les quartiers voisins.
2e SECTEUR : Gare de Vaise sérieusement endommagée, bâtiments, voies, dépôt de machines.
Train S.I.P.E.G. qui se trouvait sur une voie de garage complètement détruit.
QUARTIERS
1er secteur : Moulin-à-Vent. La Mouche-Gerland. Cimetière Jean-Macé. Tous les quartiers de l’avenue Berthelot sur une longueur de 3 à 4 km en partant du Sud-Est, direction Perrache Nord-Ouest
étaient sérieusement touché sur une largeur de 3 à 400 mètres à droite et à gauche. Nombreux immeubles totalement détruits, un plus grand nombre rendus inhabitables.
2e secteur : presque tous les quartiers de l’agglomération de Vaise étaient plus ou moins sérieusement atteints.
1er et 2e secteurs : De nombreux établissements publics et industriels importants étaient
touchés. Trois établissements du quartier de la Croix-Rousse, proche du 2e secteur (quai de Serin) eurent également à souffrir du bombardement. D’autres part quelques bombes tombèrent sur des
immeubles du quartier de la Croix-Rousse, versant Ouest, face à Vaise.
Devant l’importance du sinistre incendie, les sapeurs-pompiers de la ville et ceux de Défense Passive de l’Air […] durent faire appel aux sapeurs-pompiers permanents et aux corps de
sapeurs-pompiers des villes ou communes de la région lyonnaise.
Un total de 840 sapeurs a, dès le début, jour et nuit, combattu et maîtrisé 90 incendies ou foyers importants […]. Au cours de ces diverses opérations, 13 sapeurs furent blessés, 2 du bataillon
de Défense Passive de l’Air devaient trouver une mort glorieuse […]. Les victimes du bombardement du 26 mai furent nombreuses : cette journée dantesque nous coûta 1846 victimes [717 morts et 1129
blessés]".
Sources:
Souvenirs d'Henri Barral (cf. p. 13), ceux de Fernand Boucaud ("L’histoire vécue : après le bombardement du 26 mai 1944…",
Rive Gauche, n°133, juin 1995, p.17-18), ou de Paul Sandier ("L’histoire vécue… En souvenir 26 mai 1944",
Rive Gauche, n°135, décembre 1995, p.25-26).
La Vie Lyonnaise (n°1044, 10 juin 1944, voir en pièce jointe au bas de cette page).
Lyon de Guerre, Georges Gilonne (p 27-34).
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